Le 22 septembre 1985 nous avons fondé le musée des vieux métiers. Les statuts ont été écrits et nous avons établi la liste des métiers que nous allions y évoquer. Dans cette liste, la filière du lin.

Je suis né à Bodilis en 1930 et me souviens d’avoir assister à un égrenage du lin en 1938, à la ferme Guillerm au village du Vilar en Bodilis. La scène se passe dans la cour. Deux hommes assis sur le banc à égrener, se font face. Deux femmes leur passent le lin par poignées, pas très grosses. Tour à tour, les hommes tenant la plante par la racine, font passer les tiges entre les dents d’un grand peigne. L’effort est grand, car graines et tiges sont un frein puissant qui s’oppose au passage de la plante. Les graines tombent sur une grande toile tandis que les tiges sont rangées dans un camion qui les acheminera dans une usine des Côtes du Nord (renommé Côtes d’Armor depuis) pour y être travaillées.

Au sortir de l’assemblée fondatrice du musée, je me suis dit que je pourrai peut-être retrouver ce banc à égrener à Bodilis. Je me suis donc présenté chez les Guillerm pour me renseigner. Hélas! le banc avait disparu depuis longtemps. J’ai continué ma route en direction de Morlaix et, dans une brocante de Tréanton, j’ai trouvé ce que je cherchais : un banc identique à celui de Bodilis avec au centre, gravé dans le bois, le nom de CHOQUER CDE. Il provient de la région de St Derrien – Plouzévédé.

En diverses occasions, j’ai trouvé en presqu’île de Crozon des broyeurs de lin, des peignes à fibre, des bobines de fil, des chemises, du linge en lin et en chanvre. J’ai aussi trouvé la trace de plusieurs métiers à tisser. La maison qui les abrite s’appelle « An Ti Stern » la maison des traits. Les fuseaux utilisés pour filer le lin sont différents et plus grands que ceux utilisés pour la laine.

Ce jour-là je rend visite à la famille Fitament de Kerlivet en Argol. Jean est à la maison et nettoie son étable, au-dessus des vaches des poutres sans plancher. Au bout du bâtiment posés sur les poutres quelques fagots au travers desquels on devine un objet de bois. Je demande à Jean de m’éclairer : « c’est une espèce de rouet qu’il y a là-haut ». Avec son autorisation j’emprunte une échelle pour voir de plus près ce rouet oublié. Sous un gros madrier de 2 mètres de long il y a 4 pieds de saule dont un tombe en poussière. Sur les madriers à poutrelles qui soutiennent une roue en bois et du côté opposé une tige de fer qui doit recevoir je ne sais quoi. Nous descendons l’appareil et tombons d’accord pour le baptiser « rembobineur de fil ». Je le confie à mon beau-père pour restauration. Voici maintenant que le musée dispose d’une filière du lin à peu près complète, du banc à égrener au rembobineur de fil.

Catégories : BilletsTissage